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04/05/2018

Ce que le jour doit à la nuit



LECTURE DÉTENTE


Titre : Ce que le jour doit à la nuit
     Auteur : Yasmina Khadra
     Sorti en 2008
     Commencé en janvier, terminé en avril
     Editions Pocket
     Genre : Contemporain

4eme de couverture : 

Algérie, dans les années 1930.
Les champs de blés frissonnent. Dans trois jours, les moissons, le salut. Mais une triste nuit vient consumer l'espoir. Le feu. Les cendres. Pour la première fois, le jeune Younes voit pleurer son père. Et de pleurs, la vie de Younes ne manquera pas. Confié à un oncle pharmacien, dans un village de l'Oranais, le jeune garçon s'intègre à la communauté pied-noire. Noue des amitiés indissolubles, françaises, juives : "les doigts de la fourche ", comme on les appelle.
Et le bonheur s'appelle Emilie, une "princesse" que les jeunes gens se disputent. Alors que l'Algérie coloniale vit ses derniers feux, dans un déchaînement de violences, de déchirures et de trahisons, les amitiés se disloquent, s'entrechoquent. Femme ou pays, l'homme ne peut jamais oublier un amour d'enfance...



     J’ai déjà eu, à plusieurs reprises, l’occasion de lire des livres de Yasmina Khadra . Vous dire qu’il s’agissait à chaque fois de révélations serait un mensonge, mais j’ai souvent passé de très bons moments en compagnie des mots de l’auteur, Ce que le jour doit à la nuit ne déroge pas à la règle. J’ai adoré ce livre malgré la lenteur avec laquelle je l’ai lu, j’ai savouré chaque phrase comme si c’était la dernière, je me suis délectée de l’histoire de Younes et plus généralement de l’histoire de l’Algérie. 

     D’entrée de jeu j’ai été happé par les mots, comme captivée, hypnotisée. Yasmina Khadra possède la faculté de donner une âme aux villes que ses protagonistes traversent, elles ne servent pas simplement de décor, elles sont des personnages à part entière qui vibrent avec nous, témoins d’une vie qui s’égraine. Oran, Rio, Jenane Jato, autant de visages qui se dessinent, autant de spectateurs silencieux d’un drame qui n’a pas encore de nom. Dans chacun de ses romans, l’auteur se sert d’une famille pour nous montrer un pan de la société, un aspect qui lui semble nécessaire de pointer du doigt. Nous suivons ici la famille de Younes, entre misère et infortune nous nous attachons à ce pauvre enfant dont la vie semble difficile. 

      Je sens, au plus profond de mon cœur, que Yasmina Khadra est en train de devenir un de mes auteurs préférés. Je ressens le besoin de lire son œuvre et de m’imprégner des intrigues qu’il nous raconte. La magie de sa plume opère à chaque fois, me transportant sur un autre continent, à une autre époque...Cette fois-ci la destination du voyage se trouve être l’Algérie, l’Algérie d’avant la guerre, pendant mais aussi après la guerre. L’Algérie… ce pays pour lequel des hommes et des femmes se sont battus, ce territoire pris entre deux feux, pas encore sorti de terre qu’on lui avait déjà brisé les ailes. Nous assistons à douloureuse naissance de ce pays, à l’instar du personnage principal qu’est Younes. 

« - Tu ne peux pas comprendre, toi. Tu es des nôtres mais tu mènes leur vie... Quand on est l'unique gagne-pain d'une famille composée d'une mère à moitié folle, un père amputé des deux bras, six frères et sœurs, une grande-ère, deux tantes répudiées avec leur progéniture, et un oncle souffreteux à longueur d'année, on cesse d'être un humain... Entre le chien et le chacal, la bête amoindrie choisit d'avoir un maître. »
     Younes, rebaptisé Jonas pour fuir la misère. Younes ou Jonas selon les goûts, Younes pour les uns, Jonas pour les autres. Un garçon entre deux destins, emblématique d’une trajectoire erratique et inexorablement tragique. Younes, Jonas, un choix ? Une impasse ? Un rêve ? Peut-on réellement se forger une identité quand on ne sait même pas vers qui se tourner ? Le jeune garçon est parti de rien, avec lui nous côtoyons misère et pauvreté, nous prenons conscience de la dureté mais surtout de la cruauté de la vie quand on ne possède rien, quand tout n’est que poussière… Avec Jonas nous nous berçons de douces mais douloureuses illusions, nous suivons son parcours atypique, les détours et raccourcis qu’il va emprunter – surtout des détours. Peur et frayeur se sont insinuées en Jonas comme en moi, la peur d’un avenir incertain, une peur féroce et grandissante qui se mouvait peu à peu en une sourde terreur dévastant tout sur son passage. 

    Ce roman est très dur, percutant et pénétrant. Avec Ce que le jour doit à la nuit, nous sommes loin d’une vision manichéiste des choses ou des événements, nous sommes à même de prendre conscience de la complexité et de la subtilité de ce qui nous est raconté. Il n’y a pas les riches d’un côté et les pauvres de l’autre, il n’y a pas non plus les Français contre les Algériens, il y a un entre-deux indéniable et ténu. La démarcation n’est pas nette, elle s’effiloche et se consolide, s’effrite avant de gagner en vigueur. Le personnage de Younes/Jonas incarne cet entre-deux, cet être qui peine à trouver sa place dans deux univers qui ne semblent pas l’accepter en tant que tel, pas assez ceci pour les uns, pas assez cela pour les autres. Jamais totalement lui-même finalement

« J'avais un compte à régler avec moi-même. On ne fuit jamais soi-même. Je pouvais prendre tous les trains de la terre, tous les avions, tous les paquebots, je charrierais partout où j'irais cette chose indomptable qui sécrétait sa bile en moi.»

      C’est tout un pan de l’histoire algérienne qui nous est raconté à travers la construction d’une identité, aussi bien pour le pays que pour Younes. Des amitiés naissent, des idylles pointent le bout de leur nez, c’est tout un monde qui se met progressivement en place, un décor qui se plante autour d’une bande d’amis. Jean-Christophe, Simon, André et j’en passe… un groupe d’amis unis qui se découvre, qui apprend à vivre ensemble mais surtout qui affronte les épreuves de la vie. Chaque personnage possède une vraie personnalité, une réelle consistance, il ne s’agit pas d’un fantôme destiné à nourrir un fil de l’intrigue, chacun est important, tous ont leur rôle à jouer. Amours, joies, peines et doutes constituent le lot quotidien de ce groupe soudé que les épreuves de la vie va mettre à mal, comme dans toutes les amitiés ils vont connaître des hauts et des bas, des moments mémorables et d’autres qu’ils souhaiteraient effacer d’un revers de main. 

     Cette histoire m’a prise aux tripes, j’admire le talent de l’auteur ; il aborde avec une grande sensibilité des sujets très délicats sans jamais porter de jugement. Yasmina Khadra n’énonce pas des faits, il ne les explique pas non plus, il raconte une trajectoire et un destin, il fait s’entrecroiser deux mondes et deux mentalités, il les fait s’entrechoquer tout en tentant de les faire cohabiter. Comme nous étions loin du manichéisme, nous sommes également loin d’un quelconque mythe ou d’une vision idéalisée et biaisée. Les rancœurs succèdent à la haine et aux jalousies, témoignant de la cruauté dont peut faire preuve l’homme : du sang, de la violence et du mépris. Nous atteignons le summum de l’atrocité, constatant avec horreur que la haine n’a pas de limite… Toutefois, tout n’est pas que noirceur et désespoir, la femme illumine ce livre comme elle peut le faire sombrer, la femme incarne un espoir mais s’illustre aussi dans la solitude et les regrets. Vous l’aurez compris, ce livre trace une intrigue tout en subtilité, mêlant habilement la fiction et l’histoire, l’histoire de l’Algérie. 

     En définitive, j’ai vraiment adoré ce livre qui délivre un message fort, celui de croire en ses convictions et de ne pas vivre avec des regrets. La plume de Yasmina Khadra est d’une telle beauté que j’en suis totalement fan. Ce que le jour doit à la nuit retrace l’histoire de Younes ainsi que la façon dont il s’est forgé une identité, mais plus généralement ce livre aborde l’Algérie et la guerre qui secoua le pays, cette onde de choc qui ébranla tout le monde en laissant des séquelles dans l’esprit de tout un chacun. Ce livre est dur mais percutant, éprouvant mais nécessaire.

► 3 raisons de lire Ce que le jour doit à la nuit

- Un livre percutant
- Des personnages travaillés et attachants
- Un pan entier de l'histoire de l'Algérie est abordé

BONUS : Yasmina Khadra est un auteur incroyable.




Je valide la catégorie 34 : Un livre d'un auteur francophone mais pas français du Défi lecture 2018 ainsi que la catégorie  Un livre que tu n'as encore jamais lu d'un auteur que tu aimes du Challenge 2018




12 commentaires:

  1. J'avais peur qu'il soit peut-être un peu trop complexe pour moi, mais ton avis me rassure et surtout, me fait extrêmement envie !

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    1. C'est très abordable ! Honnêtement il est vraiment top :D

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  2. Je passe mon tour pour ce roman.

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    1. Dommage, ce sera pour une prochaine fois !

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  3. J'ai aussi beaucoup aimé.
    Regarde le film : il est aussi bien que le roman.

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    1. Il est vraiment super.
      Il faudrait que je le regarde, je me le note.

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  4. Je suis tout à fait d'accord avec ce que tu dis de le plume de l'auteur. Et encore, j'ai lu très peu de ses textes ! Je n'ai pas encore découvert celui sont tu parles ici, mais j'en ai bien l'intention.

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    1. J'adore sa plume, cet auteur est bourré de talent!
      J'ai hâte de découvrir toute son oeuvre, j'en deviens de plus en plus fan. Je ne peux que t'encourager à lire celui-ci.

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  5. En voyant combien de temps tu as mis pour lire ce livre, je ne pensais pas que tu avais accroché bien au contraire comme quoi ! Il faut savoir prendre son temps pour déguster un bon cru

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    1. Au contraire, j'ai préféré le lire durant la période qui semblait s'y prêter le mieux. C'est exactement cela, il faut savoir le savourer.

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  6. Je connaissais de nom et je ne m'y serais pas forcément arrêtée sans ton avis dessus. Sans être une priorité, j'avoue que les sujets évoqués et tes mots me rendent curieuse. Merci ;)

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    1. Il est vraiment très intéressant et surtout bien écrit, je ne peux que te le conseiller :D

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Merci de ton passage :)